Vendredi 14 juillet 2006
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Voilà! C fait ! Dix ans sans nouvelle et Shane Black est de retour ! Le scénariste, qui avait su redonner un souffle au film d’action hollywoodien au milieu des années 80 avec l’Arme fatale 1 et 2, nous revient tout ragaillardi avec cette comédie policière.
Harry Lockhart : profession cambrioleur, fuit les flics, dans sa cavale il se retrouve accidentellement dans une pièce où se prépare le casting d’un polar hollywoodien. Le rôle dans la poche les producteurs lui demande de faire équipe avec un détective privé sans foi ni loi et une comédienne débutante afin d’être correctement préparé. Le voleur devant se faire passer pour un acteur incarnant un détective et ses nouveaux acolytes vont s’embarquer dans une véritable histoire de meurtre.
Ce qui frappe dans ce film sur la simulation, mis à part le scénario plutôt simple et classique, c’est surtout la narration audacieuse et les dialogues foisonnant, drôles et un peu speedés. La voix off (celle de Robert Downey Jr), entité toute puissante, donne la marche à suivre, interrompt le film quand bon lui semble, ordonne des arrêts sur image et des flash-back. Le conteur omniscient, dans sa maladresse « manipule » quelque peu les spectateurs. Il y a peu de répit dans cette histoire et on peut regretter aussi des dialogues parfois un peu bavard, mais leur qualité en fait oublier les excès. En tout cas le rythme du film est bien l’un des points forts, l’histoire de ce film en train de se tourner semble avoir été écrit par l’écrivain imaginaire Johnny Glossamer, l’un des personnages récurant. Les situations incroyables, les scènes de fusillades, les poursuites tout se déroule à deux cent à l’heure. Les acteurs sont en grande forme. Robert Downey Jr en tête, en voleur gaffeur est excellent, plusieurs scènes sont hilarantes notamment au début du film lorsqu’il passe le casting ou encore l’incident avec le chien (n’en disons pas plus !), Val Kilmer apporte aussi sa contribution avec son interprétation de caïd gay flegmatique et impitoyable et Michelle Monaghan est superbe en actrice en herbe cynique et débrouillarde. A noter la présence de Corbin Bernsen vu notamment dans plusieurs séries comme La Loi de Los Angeles pour laquelle il avait été nominé deux fois aux Golden Globes dans la catégorie meilleur acteur. Black multiplie les références au roman noir des années 40 –le film est découpé en chapitres qui portent le titre d’une œuvre de Chandler- et emprunte à des réalisateurs comme Tarantino, Edwards… Cependant il garde son style : le buddy-movie avec ses scènes d’action, les excellents dialogues, le mélange d’humour et de violence et n’oublie pas de bien égratigner l’industrie Hollywoodienne et ses nababs.
En bref on ne perd pas son temps avec ce pastiche réussi de polar adroitement construit et déconstruit où le réel et le fictif s’entrechoquent et où les dialogues sont souvent brillants. Décousu, Déjanté et Désopilant.
Par Nico
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Vendredi 21 juillet 2006
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15:17
Dans la lignée des films précédents comme Rosetta ou le fils les frères Dardenne continuent
dans le drame social et dans le lancement de pavés dans la marre du Capitalisme, ici accompagné de son jumeau Matérialisme forcené, ils étreignent la petite ville belge de Seraing de leurs bras
néfastes. Dans une Belgique industrialisée et grise Bruno, petit délinquant, et sa compagne Sonia
vivent ou plutôt survivent grâce à des petits larcins et à leurs allocations. Ils viennent d’avoir un bébé. Le jeune Bruno dirige un réseau de petites frappes. Il recèle et fait exécuter des
cambriolages par des enfants les poussant irrémédiablement sur la voie de la délinquance. Il mendie, troque, trafique et vole n’arrêtant pas une seule seconde. Très peu responsable il compense
cette lacune par un instinct fort, par son sens de la magouille et de la débrouillardise. Il a détaché les liens qui le tenaient au passé et à l’avenir. Pour lui seul le présent compte. Ce
présent qui tel un ogre les dévore sans scrupule.
Les frères Dardenne aiment faire débuter de nouveaux acteurs, on se souvient d’Emilie Duquesne dans
Rosetta, ou Olivier Gourmet dans le fils, Sonia (interprétée par la jeune débutante Déborah François) file le parfait amour avec son compagnon, ils s’aiment, se chamaillent plus
qu’ils ne se caressent. Les deux acteurs sont excellents, avec un Jérémie Rénier dans l’urgence et une Déborah François lumineuse. Le personnage qu’elle interprète est aussi immature que celui
joué par Jérémie Rénier au début du film jusqu’au moment clé où le film bascule dans le drame. La scène de rupture arrive. C’est l’incompréhension générale, lorsque Bruno décide de vendre leur
nouveau né. Il semble agir naturellement sans se rendre compte de ce qu’il fait. Après s’être évanouie à l’annonce de la terrible nouvelle Sonia devient « mère », la maturité et la
maternité s’éveillent brutalement en elle. C’est la descente aux enfers pour Bruno qui va tout faire pour récupérer l’enfant. Le chemin vers la rédemption est alors tout tracé. Un chemin semé
d’embûche et d’épreuves. Le réseau par lequel il est passé pour la vente de son fils est à ses trousses, le jeune ami avec lequel il est en cavale manque de se noyer, le séjour en prison…
D’ailleurs les scènes de poursuites sont vraiment réussies, elles nous rappellent le bon vieux cinéma d’action français des années quatre vingt ! Le mouvement des caméras se fait alors plus
fluide. La réalisation est nerveuse, leur palette de réalisateur s’est élargie par rapport à leurs œuvres précédentes. La séquence finale est magnifique et nous fait penser au Pickpocket
de Bresson. La rédemption s’est accomplie, les deux amoureux se retrouvent dans les larmes et la passion. En ces temps troubles où notre société malade croît entrevoir une solution à ses malheurs en la personne de Nicolas Sarkozy, ce film quasi documentaire se place aux antipodes du
divertissement. C’est sûr ! Il n’est clairement pas là pour nous divertir et nous sortir de cette morosité. Il est là pour nous faire réfléchir, c’est aussi un des intérêts principaux du
cinéma. Ce film est une œuvre forte et leur meilleur. Ils embrassent le film documentaire,
l’hyper réalisme pour le sens du détail et leur acuité à dépeindre des êtres humains englués dans leur quotidien. Ils dissèquent ce quotidien comme des chirurgiens de la vie.
Les personnages résistent au matérialisme sclérosant par des actes spontanés, l’achat d’une veste sur un coup de tête, la virée dans une belle voiture… Ils touchent également
au film d’action (la poursuite) et au drame romantique (la belle histoire d’amour). L’émotion, et l’empathie –bien présente- nous tiennent du début à la fin.
En cette période un peu morose ce n’est pas forcément le film à aller voir (allez voir plutôt King Kong
ou une comédie !) mais il reste important et nous conforte dans l’idée qu’il y a décidemment des choses à changer dans notre société actuelle. Ce n’est pas le programme de Sarkozy qui nous
mettra sur le bon chemin.
Par Nicolas
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