Note : Voici les trois premières chroniques (chapitres) de mon roman. Tous mes textes sont protégés par la SGDL (Société des Gens de Lettres.)
...L’homme se tenait là, devant cette porte
de noires pensées de toutes sortes
le tenaillaient, l’envahissaient ;
et cette porte…
Extrait du journal LE ROYAL
1
Il était encore tôt. Pourtant, le soleil revêtait déjà son manteau bleu prussien, et les songes s’écoulaient dans le sablier de la vie
tels de minuscules molécules de temps. L’obscurité se fit l’hôte des idées les plus sordides.
La nuit, la torpeur, l’angoisse me rongent ; les songes vagabonds sans vie pleurent sur des tombeaux infâmes et se lancent
dans des errements obsédants. Telle une farandole, les ombres dansent, se moquant des hommes qu’elles fuient, et chaque fleur, pleur, meurt dans la rancœur écœurante de l’humanité. Lugubre défilé
d’âmes en décomposition, insalubre chambre et ineffable blâme de lamentation, puisse l’aube annihiler ces maudites pensées, sempiternels maux de l’âme et puisse jaillir la divine lumière
révélatrice.
L’homme voulait franchir le seuil de cette porte, son désir s’était mué en obsession, il était fiévreux… Il se rappelait qu’une
semaine auparavant cette force l’avait déjà poussé à tenter la fuite mais des pensées plus fatalistes -germes détestables grandissant dans son esprit- l’avaient contraint à revoir ses
plans.
Les derniers rayons de soleil, qui parvenaient sur son visage défait, avaient maintenant totalement disparu. Le monde des ténèbres
l’engloutit à heure fixe, il y était habitué depuis le temps.
Recroquevillé dans un coin de la pièce enténébrée, il se remit à méditer sur sa condition, sur ses hésitations, ses proches. Une
effervescence se faisait sentir dans la cour de la prison, située devant la petite église de marbre rouge. C’était la Prison centrale du Royaume. Elle jouxtait le Grand Commissariat. Seuls les
détenus les plus dangereux, étaient écroués dans l’enceinte de cette prison.
Il n’avait pas peur de se remettre en question « la remise en question colore la force de caractère de subtilité. Elle apporte à
la pensée de la profondeur. C’est une force et non une faiblesse, si on l’utilise correctement, et un formidable terreau à la création. C’est le moment où l’on bande l’arc à son maximum, moment
crucial apparemment calme mais véritablement très intense, vibrant. On réunit tous les éléments d’une situation, pour les transformer en énergie plus efficace. Enfin, on décoche cette flèche du
savoir haut dans le ciel. Toujours plus haut, toujours plus loin, toujours plus fort. »
Il aimait aussi critiquer les gens! : « J’aime bien passer au crible tout ce petit monde ! » Se plaisait-il à se
répéter. Dès lors, toute la société y passait ; les policiers véreux aidés financièrement par notre grand chef, les sénateurs corrompus ceux qu'on appelle « les Nababs », et
surtout son plus fidèle ennemi. Les injustices le révoltaient. En prenant les choses en mains, il savait les risques qu’il encourait mais sa liberté d’esprit devait servir une cause, celle du
peuple. Cet homme guerrier et artiste –il avait déjà publié des fragments poétiques- possédait un côté ascète qui s’associait, malgré tout, assez bien avec son impulsivité et son exubérance
d’extravertie. Il aimait aussi se retirer dans une méditation apaisante pour son esprit agité et bouillonnant, cela lui permît d’acquérir un certain sang-froid ainsi que plus de lucidité face aux
évènements. Ces critiques étaient parfois moins acerbes envers ses proches. Parfois seulement !
Malgré son respect pour l’Humanité et sa compréhension de la philosophie de chaque être, son agressivité naturelle l’incitait toujours
à critiquer ses contemporains. Dans ces rapports, l’apparente sympathie dont il savait faire preuve était un mécanisme naturel qui évitait bien des conflits. Pourtant Dieu sait qu’il aimait la
confrontation, c’était un guerrier stratège et un leader dans l’âme. L’agressivité était aussi pour lui l’énergie souterraine primordiale à chaque création. Elle était comme un torrent, elle
emportait toujours la décision.
Nojas caressait aussi le rêve d’être le grand chef. Il était tel le héros toujours prêt à conquérir, à secourir la veuve et
l’orphelin, à sauver la princesse des griffes de l’infâme pater. Toutes ses contradictions, pensait-il, faisaient la richesse d’un Homme.
Toujours arque bouté dans sa position fœtale, il sentit la fatigue s’emparer de lui. Il s’endormit.
De l’autre côté de la rive, Morphée l’attendait à l’orée d’un bois lui indiquant le chemin à prendre d’un air bienveillant. Il
s’empressa de le suivre. Il s’enfonça dans la forêt de son esprit. Il avança d’un pas déterminé. Il semblait connaître le chemin, malgré la brume naissante. Le silence qui régnait dans cette
contrée, semblait faire place maintenant à des bruits difficilement identifiables. Pas de chants d’oiseaux, ni de vent jouant avec les feuilles, aucun bruit ne parvenait de la rivière non plus.
Aucune présence humaine ou s’en rapprochant dans les parages. Arrivé devant une clairière, il pouvait enfin distinguer le but de ses pérégrinations, caché derrière les arbres, il découvrit un
pont qui menait à un édifice. Il passa la rivière semblable au styx. L’atmosphère devint encore plus pesante. Une ombre semblait étreindre les lieux de ses bras néfastes. Hécate dirigeait une
armée de loups enragés.
Tout le long de la rivière les scintillements
— Éclats d’étoiles à la lueur de la lune-
Éclairent la vision du poète noctambule !
Emprunt d’une mélancolie amère et pourtant…
— Mon voyage touche à sa fin, la fin de l’errance
Incarnée par ces murs sur un miroir fragile
Tâché de lis d’eau de Lotus par mille
Reflet trouble à mon âme le divin édifice.
Fin de l’errance, voici la bâtisse
— O Erato ! Toi qui glorifie les poètes
Que de mes tourments puissent jaillir les vers ! Car vastes
Les ténèbres qui accueillent mes pensées et mon âme
Sombre. Sans toi, hélas, mon cœur pleure. Langueur et larmes…
Apparition
— Ne Promettez pas la lune à votre dulcinée !
Et la Muse de confirmer ce vieil adage :
— Du cœur il faut Percer le secret, déguisé !
Mais il sUt : lisse et doux en était le ramage.
Exaspération
— J’entends au loin les hurlements, mélopées
Éternelles et journalières, échos occultes…
Non ! La lune funambule nullement n’exulte.
N’est-elle pas prude l’égérie des poètes, gênée,
Indignée par cette cérémonie vespérale
Fournissant à l’homme des harmonies envoûtantes,
Enivrant chaque âme d’une émotion fervente ?
Refuge des idéaux comme ta lueur est pâle…
L’aube se fraya alors un chemin dans la jungle de son esprit exténué, avec son cortège de concrètes réalités.
Dehors, le soleil brillait de ses couleurs matinales,
chaque être était entouré d’un halo céleste. Le Divin veillait. Par la fenêtre on pouvait saisir toute la beauté d’une nature en éveil. Le chant des oiseaux
qui coulait, emplis de lumière, sur la fertile mater ; la rosée matinale animée par une plénitude toute musicale entonnait d’infinies mélodies, les unes légères et sautillantes ; les
autres guerrières et terrifiantes mais toutes bénies. Un poteau se dressait devant lui…
Il était peu sorti cette semaine. Les sens en éveil, exacerbés par l’absence de contingences matérielles, il sentait enfin le poids de
sa vie. Cette porte…
La nature enveloppait la vie d’une épaisse couche d’humanité, traversée deci delà par des rayons de haine. Des grognements s’élevèrent
de la cour, annonçant un funeste événement. Une meute de soldats attendait. Holstrom également, derrière la porte. Nojas se traîna par terre, chaînes aux pieds et aux mains, et prit difficilement
position derrière la porte. Il s’y adossa. Holstrom commença son rapport.
Argu Holstrom : ... a 32 ans, et serait le bras droit du rebelle Nojas. Et étant également son meilleur ami,
il... »
Extrait du quotidien le ROYAL
2
Le jour avalait la nuit les ombres dispersées. Dans un petit bar de Villatech, Argu
Holstrom retrouva quelques collègues, ils fêtaient l’arrivée d’un nouveau : Nixon Reyes. L’endroit était branché. Un des plus branchés de la ville. On y croisait tout le gratin urbain, parmi eux tapis dans l’ombre incognitos, des membres de la Garde Royale. L’architecture du bar
« Le Soleil Alternatif » portait la signature de Goddi, le Grand Architecte, jusque dans le design de la décoration intérieure. Les lumières
nourrissaient l’atmosphère de nuances bigarrées, où s’entrevoyaient les ténèbres naissantes. Au plafond, un soleil factice faisant office de lustre chauffait la grande salle de ses chauds
rayons artificiels. La plupart des gens venaient ici pour cela. Dehors, la lumière naturelle et douce du soleil n’était plus qu’un lointain souvenir. La
couche d’ozone étant presque arrivée au terme de sa vie. Il fallut décider de se protéger correctement. Un immense « plexiglas » -de nouvelle génération- se teintait progressivement,
tout au long de la journée, pour « imiter » autant que possible feu l’ancienne lumière solaire.
Un plexiglas efficace mais qui avait un petit défaut de construction. Il était impossible
-car trop dangereux pour la santé- de sortir entre
treize heures et quatorze heures…
— Je vous somme d’arrêter !!! Hahaha !!! Allez Nixon détends-toi, bois un verre ! Wilson Doni
faisait encore le malin, comme d’habitude, il s’était mis debout sur sa chaise, pour imiter un des soldats de la Garde du Roi. Il fixa Reyes puis Holstrom de ses petits yeux noirs et
rusés.
Holstrom était un ami du « Lion ombrageux». Ils
s’étaient rencontrés lors du long séjour du rebelle en prison. Il était gardien à l’époque, et lui apportait de la nourriture et de l’eau. D’ailleurs, bien plus souvent que prévu. Presque tous
les jours, ils discutaient tous les deux adossés à la porte de la geôle où était emprisonné Nojas, seul. Il lui exposait sa vision de cette société gangrenée dans laquelle ils vivaient. De la
toute-puissance du Roi et des doutes qu’il avait sur les motivations de ce dernier. Holstrom était entièrement d’accord. Il avait été converti par ce
séducteur convaincant. Par cet homme au regard si perçant. Ses yeux brun vert semblaient accueillir, au fond de leurs iris, une myriade de flammes brûlant continuellement. De son mètre soixante
quinze, il dégageait une autorité impérieuse mais souple, une force de caractère, une chaleur humaine qui n’excluait pas parfois les regards glaciaux. Ses colères et sa mauvaise humeur pouvaient parfois troubler sa sérénité, ainsi que les gens autour de lui.
Malgré cela et malgré son physique solide, il y avait en lui cette sensibilité fragile qui lui apportait une dimension humaine supplémentaire. Les gens disaient de lui qu’il était
exceptionnel.
Les deux se retrouvèrent à la libération du rebelle. Le prisonnier, étrangement libéré par Mifsud quelques minutes avant sa mise à
mort, fût placé illico aux commandes de l’armée. Un rebelle au pouvoir en place à ce niveau, c’était quelque peu incongru !! Il se méfierait deux fois plus encore qu’auparavant, si c’était
possible !! En faction à ce poste depuis peu, il engagea son ami comme conseiller. Les deux avaient une grande confiance l’un en l’autre.
Wilson Doni continuait ses frasques, il singeait maintenant le roi sans visage (officiellement, personne ne l’avait vu clairement)
seul Nojas s’était approché de lui à moins de vingt mètres. Le reste de la population, devait se contenter d’écouter sa voix lors de ses déclarations.
Le jeune Nixon Reyes riait de bon cœur, comme les autres collègues. L’atmosphère alcoolisée était bon enfant. Après une journée de dur
labeur, ils étaient heureux de pouvoir se retrouver entre collègues pour partager un peu de convivialité. Doni était déchaîné. Il se leva de nouveau et commença à déclamer ses poèmes –il aimait
en composer à ses heures perdues- il le faisait souvent quand il était bourré.
— Écoutez tous… Voici un de mes poèmes, il s’in…titule Amour Céleste…
Tendrement enlacés les deux amants roucoulent
Dans leur cher nid, prémices aux gestes amoureux
Leurs ailes déployées recouvrent les frissons frivoles.
Dans le céleste lointain les L se languissent
Alors de retrouver leurs cieux, leurs siens, leur lieu,
Leur lien si chaleureux que périssent factices
Toute amourette futile, passades et jeu frileux.
Perception à l’orée des émotions
Ne se résout à te demander Grâce
Jamais. L’avenir enlumine las
Nos idéaux du O de sa terrasse
Divine et montre la voie à suivre : Passion.
Oh toi ! De ta parure céleste
A jamais constante, tu te délestes !
GraV dans la roche le sentiment
Noble à tes yeux d’amour ardent
Tu l’implores éternellement.
— Excusez moi une petite gorgée… je reprends :
Je te tiens oh toi !
Esclave de l’amour
Qui perdure en moi !
Par ici la sortie ! Tour
De magie toujours !
A jamais un sort.
Fis-toi
N’attends point
Bats-toi
Tends vers le loin,
Le haut
Envers É contre tous.
— Ok Doni ! Mais On le connaissait déjà celui là…
— C’est vrai ? Alors un autre, inédit cette fois…
—C’est bon ! On t’a assez entendu Doni ! S’exclama leur ami le barman, un large sourire aux lèvres. —
Descends de là maintenant !
Toute la salle riait. Ce soir, le comique Marco Geli
était à l’affiche avec un de ses sketchs les plus connus. Malheureusement, il avait fait faux bond à la dernière minute. On lui devait des phrases comme
« Tu T’es salie, regarde-moi Cette Trace de Macédoine ! » Ou encore « Il a lâché un vent Trilok Gurtu! » à base de jeux de mots. Pas toujours d'un très bon goût d'ailleurs.
— Allez, un petit dernier pour la route… non, pas un verre (le barman s’apprêtait à le resservir) ! Un
poème…Un petit poème ! Un pur moment de plaisir.
Amour de bouton de jouissance
Sous ma langue délivrée du manque
Les frissons à travers les sens
Satisfait jusqu’à l’extatique
Perçoivent la lumière nacrée
Chant d’étoile constellée
Cette immensité éthérée
Sur laquelle je danse excentrique.
Humide vérité de l’instant.
Les bras ouverts et le cœur
Parvenu près de l’éternel
Goutte à goutte le bonheur naquit
La salle applaudissait de plus belle. On entendait ici et là, disséminés dans la salle, des « bravo, quel poète ! »,
« magnifique ! » ou encore « il fait l’idiot mais il a vraiment du talent ! »
— T’as loupé ta vocation Wilson, t'aurais dû faire comédien comme ton frère ! Cria Reyes dans un éclat de rire
général.
Tant pis si le comique Marco Geli n’était pas sur la petite scène du bar, Doni assurait le spectacle dans la salle.
Holstrom discutait plus sérieusement, avec un de ses collègues, quelques tables plus loin. Il esquissa un sourire devant les frasques
de son ami, puis reprit sa conversation avec son collègue.
La discussion était des plus sérieuses. Le royaume était en proie aux polémiques. Surtout à propos du roi.
...Le jour viendra où la flèche de la justice décochée
déchirera les ténèbres du Royaume.
Extrait du journal intime d'...
3
Le Roi Johan Mifsud 1er, du haut de son building (surnommé le Nymphée) contemplait son Royaume. La bataille qui venait de s’engager
risquait de compromettre ses ambitions. Il le savait. La prospérité, qui durait depuis plus de quarante ans, ne serait bientôt plus. Il avait donc cherché l’homme de la situation. Pour protéger
ses terres d’une attaque prévisible, il fit appel à l’indomptable Nojas –son ancien ennemi appelé à la rescousse en ces temps de crise- pour être à la tête de sa grande armée. Le dernier Roi
vivant sur cette terre, était entouré de mystère.
Edward Nojas, n’avait pour ainsi dire jamais vu son roi face à face. Quand il s’agenouillait « respectueusement » en bas de
la vingt troisième marche menant au trône majestueux, il se sentait mal à l’aise. Les ordres intimés par cette silhouette immobile lui paraissaient irréels, dénués de vie. Le mystère planait sur
le Royaume et sur la personnalité du Roi. Des choses étranges avaient lieu, mais le plus bizarre, lui semblait-il, était que pendant longtemps il pensait être le seul à ressentir cela. Mais,
depuis, les choses avaient évoluées. Le groupe de rebelles qu’il commandait jadis était de nouveau en activité, et même s’il avait moins le temps de s’en occuper il en était toujours le fondateur
et le chef spirituel. Il avait trouvé des gens qui comme lui pensaient que Son Altesse cachait quelque chose. Un lourd secret. Ils ne voulaient plus vivre sous le joug d’un tyran déguisé en
progressiste, dont en plus, on ne savait quasiment rien, et dont on avait jamais vu le visage. Pour cela, il pouvait compter sur son ami Argu Holstrom. C’est avec lui, qu’il avait réussi à
remettre le groupe sur pied .
Il s’était souvent demandé, pourquoi le reste de la
population se posait aussi peu de questions à propos du Souverain. Ce dernier semblait avoir une véritable emprise sur la population. Une emprise presque
surnaturelle. Et de plus, qui étaient ces hommes, ces femmes et ces enfants qui se déplaçaient encapuchonnés ?
Ici et là, il avait entendu dire que ces
« ombres » étaient seulement des espions, à la solde du roi fou. Qui étaient ces esprits errants ? Étaient-ils seulement réellement vivants ? Il était interdit d’aller à leur rencontre.
De folles lois l’interdisaient. La police de la ville veillait. D'aucuns, pensaient aussi qu’ils faisaient parti d’un nouveau mouvement religieux naissant. D’autres y voyaient une secte dangereuse… En prêtant l’oreille, on pouvait entendre tout et n’importe quoi. Ce qui était sûr, c'est qu'ils étaient de plus en plus
nombreux. Comme si la population de la ville diminuait exponentiellement, pour laisser place à ces « ombres ». Des êtres morts et vivants à la fois. C’était une source d’interrogation pour Nojas, au même titre que son passé. Il n’avait que peu de souvenir de son enfance ou de son adolescence. Il
se souvenait, par contre, très bien de la période que l'on surnomma « La Transition ». Villatech était une ville nouvelle. Pour fêter son inauguration, le roi décréta qu'un changement de patronyme (pour tous les habitants) ne serait pas superflu, afin de débuter ce nouveau cycle. C'était le temps de la
métamorphose. Chacun devait changer de prénom et de nom. Pour cela, il décida que les nouveaux noms devraient être issus de plusieurs langues précises. Celles des survivants. Les habitants
devraient mixer l'anglais, l'espagnol, le chinois, le suédois, le russe et le maltais. Bien sûr, ceux qui avaient déjà un nom faisant référence à une de ces
langues, pouvaient choisir de ne pas faire de changement. Cette souplesse de la part du roi n'était que feinte. Évidemment. Ces pouvoirs télépathiques étaient bien utiles... Les habitants firent
ce qu'on leur ordonna... Cependant, malgré tous ses pouvoirs, combien de temps arriverait-il à les garder sous sa coupe.
Tout ou presque ramenait Nojas à ce roi tyrannique… Ce roi à la voix sombre et caverneuse, omniprésente dans le quotidien des
habitants du royaume. Fort heureusement, il pouvait aussi se remémorer des souvenirs plus agréables, comme sa rencontre avec la femme de sa vie, Ingrid.
Cette situation difficile ne l’empêchait nullement d’être le plus valeureux des combattants. Ses trente cinq ans faisaient de lui un
guerrier plus sage, ayant affronté tellement de situations extrêmes que la peur lui était devenue une quasi inconnue, ou plutôt une alliée fidèle.
Il savait que cette bataille, comme chaque bataille, pouvait bien être la dernière.
Le roi avait fait appel à lui pour être à la tête de ses armées. Ce même roi qui le fit enfermer quelques années auparavant, lors du putsch, dans la prison du Royaume avant de le faire libérer juste avant l’exécution. Pourtant, le contrat était clair. S'il n'acceptait pas de l'aider, sa femme Ingrid -enfermée pour
complicité- ne serait pas libérée.
Ce fût avec ce sentiment de malaise vissé au corps, qu’il s’apprêtait à écouter les
directives du sage. Il salua les gardes postés à l’entrée, puis pénétra, toujours armé de son coutelas fétiche attaché à sa ceinture, dans la salle du trône. La pièce était dans la pénombre naissante (comme à l’accoutumée), les quelques flambeaux allumés se reflétaient sur les draperies rouges et noires ornant
les murs, libérant dans l’atmosphère des effluves malsains et intensément macabres. La voix du roi, caverneuse, prenait grâce à l’écho de cette salle extraordinairement grande et vide, une
solennité toute tragique :
— La situation est grave, Nojas ! Les hordes de kaltéens sont sur le point de défaire les
gorzzons !
— Seigneur ! Laissez-moi vous rappeler que les habitants de l’île se sont battus courageusement et… ils
résistent encore… les belligérants n’ont pas encore quitté l’île ! Cependant, j'ai un peu peur que les gorzzons se rallient aux kaltéens...
De plus, il leur fallait encore attendre l’arrivée de leurs vaisseaux, toujours amarrés à Sappia, pour espérer atteindre les rivages
de Gorzzo. Nojas observait le déroulement des évènements sur l’écran géant du moniteur personnel du roi.
Un long silence s’abattit sur les lieux. Il savait que la petite armée postée sur l’île était loin d’être imbattable, même s’ils
avaient encore le concours de certains autochtones gorzzons, réputés sanguinaires (ceux-là même qui avaient déjà tenté de se soulever jadis contre le Royaume.) Mais pour combien de temps... Une
seule chose intéressait le Souverain, que les belligérants n’atteignent pas les terres du sud… Que les autochtones se fassent tous tuer par la garnison ennemie, il ne s’en souciait guère. Leur
commerce « extérieur » en prendrait un coup, c’est tout...
A suivre...
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