Chapitre V du roman
Karkovtown
« …Karkovtown, ville principale du Nord du royaume.
C’est le sénateur Joe Markov qui lui donna ce
nom.
Il n’oublia pas ses
origines.... »
Extrait du Guide des Mauvais plans vacance
Légende
Au loin, une chaîne de montagnes ou plutôt de volcans parmi lesquels « Baba
Yaga ». Cette histoire s’est déroulée dans le petit village « sibérien » de Karkovtown où la majorité des habitants est d’origine slave. Dans ce petit village situé à l’extrême
Nord de la capitale du Royaume Villatech la petite chaîne volcanique allait bientôt se retrouver aussi impressionnante que le Caucase mythique.
Dans ce petit village des histoires extraordinaires sont contées par des anciens comme le
vieil ermite Ivan Markov. Enfin ancien ermite puisque après être parti dans les montagnes durant trente cinq ans il décida de revenir parmi les siens. Que d’histoires avait-il à raconter !
Dont celle-ci…
Le Pic de Korneiev se dressait fier, puissant au point de transpercer le ciel. Un cavalier
blanc fit son apparition dans la brume naissante, vêtu de sa cuirasse blanche, armé de son arc, de sa lance et d’un bouclier. Hiératique sur sa pâle monture il décocha une flèche en direction des
cieux endormis et les premières lueurs du soleil poignirent.
Quelque part dans les environs, dans la forêt sibérienne brûlante, était enfouie la cahute
d’Ivan. L’ancien paysan des kolkhozes revenait de sa cueillette de fruit matinale. Cela faisait maintenant près de cinq ans qu'il avait quitté son village. Depuis quelques jours un moment tout
particulier de la journée lui était devenu effroyablement indispensable. En effet chaque nuit lui apparaissait un personnage extraordinaire qui se trouvait être « Baba Yaga », du moins
il en avait tout l’air. La première fois qu’il lui apparut il y fit peu attention mettant cette vision sur le compte d’un excès de vodka (alcool qu’il volait sans jamais ce faire prendre dans le
petit village le plus proche de son néant.) Ca c’était au début…
Cette femme existait dans des contes vieux de dix siècles mais avec la différence nette que
ce n’était pas seulement la sorcière ou la déesse qui se tenait devant lui chaque nuit mais aussi la prophétesse. Elle lui annonça que le tout jeune volcan allait bientôt cracher des boules de
feu et qu’une lave incandescente allait faire disparaître ainsi toute la Mère Patrie.
Trois semaines durant elle lui apparût la nuit, telle un oiseau de mauvais augure. Venant
d’on ne sait où elle surgissait devant lui, armée de son pilon, elle injuriait l’ermite et tous ses contemporains. Lorsque le vent se levait subitement et que les feuilles volaient dans une
tornade elle apparaissait perchée sur son large mortier et s’enfonçait dans la sombre forêt. Avec son balai en bouleau elle faisait disparaître ses propres traces. Une horde d’esprit
l’accompagnait dans ses voyages funestes.
Chaque jour l’ermite attendait ce moment avec impatience, depuis peu il s’était décidé à
faire disparaître par n’importe quel moyen la prophétesse ogresse. Il était certes seul avec son chien mais il ne voulait pas que le chaos s’abatte sur son pays. Il réfléchit à plusieurs
stratagèmes. Il en conclut qu’il fallait faire avec l’imprévu puisqu’elle surgissait souvent la nuit à m’importe quel moment. La meilleure solution était avant tout d’attendre son apparition.
Puis peut-être tendre quelques pièges dans la forêt, mais pouvait-on piéger une déesse ? Si elle était vraiment une déesse.
En bon chasseur qu’il était, il décida d’installer plusieurs pièges à loups dans les bois.
Il en construisit d’autres qu’il plaça ici et là. Serviront-ils vraiment ? Nul ne le savait.
Alors que le soleil était à son apogée, un cavalier flamboyant tout de rouge vêtu semblait
s’éloigner dans les bois, portant dans une main une épée enflammée et dans l’autre un grand bouclier rouge marqué du sceau de l’astre solaire.
Ivan préparait le déjeuner pour lui et son fidèle compagnon Tsar. Assit en tailleur devant
le feu crépitant et la viande rôtie il réfléchissait au moyen de faire disparaître la sorcière aux dents de fer. Mais était-il possible de compromettre les plans de la reine de la nature ?
Etait-il possible d’éviter cette catastrophe annoncée.
« Mère de tous les Russes
Mère Patrie, Terre de liberté éternelle
Entend le souffle de Dieu
S’enquérir de tes souffrances
Mère de tous les Russes
Mère Patrie ,Terre de liberté restera »
Le lendemain de la dernière visite de la sorcière il était bien décidé à trouver une
solution, il devait la faire disparaître…
Il se remémora les paroles des anciens lorsqu’ils racontaient cette histoire à l’époque où
il n’était qu’un tout jeune enfant. Tous les habitants du village étaient assis, les enfants aux premiers rangs, tous écoutaient le conteur avec intérêt. Il était dit que la sorcière Baba Yaga
n’avait pas toujours été mauvaise et cruelle.
Autrefois ce personnage terrifiant était respecté dans son village natal. Elle était la
sagesse incarnée. Les habitants des alentours venaient la consulter pour savoir si les futures récoltes allaient être bonnes. Seules quelques personnes refusaient de visiter sa cabane, parmi eux
le médecin, la famille Markov, deux riches paysans et le chef du village. Ce dernier, cependant, autorisa ses concitoyens à aller la voir, sans oublier de les mettre sur leur garde. Ils ne
croyaient pas en ses pouvoirs. La pensant omnisciente, les habitants la considéraient comme une divinité, leur divinité… Il ne se passait pas un jour où quelqu’un ne vienne déranger sa
tranquillité pour un problème de santé, de mauvaise récolte ou même de voisinage. Très vite l’humeur de la Mère des Os commença à changer, elle ne supportait plus les jérémiades de ces être
humains égoïstes, envieux et superficiels qui ne s’intéressaient qu’à ce que les voisins pensaient d’eux et qui ne respectaient plus la Nature.
Du jour au lendemain elle disparût. L’absence de la sorcière n’étonna pas les villageois
plus que ça dans un premier temps. Elle avait l’habitude de partir souvent quelques jours, puis elle revenait.
Ivan s’échappa quelques instants de ses souvenirs. Cette dernière information l’intrigua un
peu. Il se replongea dans le passé. Alors que trois semaines s’étaient écoulées depuis son départ un drame se produisit. A son réveil il se retrouva seul dans la maison de ses parents. Il sortit,
il pensait que sa mère était partie aider son père dans les champs (elle le faisait souvent dernièrement), et peut être qu’il y verrait également son petit frère. Sur la petite place, les gens
s’étaient réuni, quelques-uns d’entres eux semblaient inquiets. Le médecin et les deux villageois avaient disparus. Personne n’avait aperçu la famille Markov non plus. Avec les derniers
évènements survenus, les villageois prirent rapidement la décision de partir à la recherche des disparus. Il parla devant ses compatriotes. Le conciliabule dura à peine dix minutes, un groupe
partit à la recherche des disparus, un autre à la recherche de la sorcière Raïssa, les autres restèrent au village au cas où.
Il était tard. Un prince d’ébène galopait sereinement dans la nuit naissante. Tout de noir
vêtu l’être sur sa monture sombre fit tomber le soleil dans un profond sommeil.
Ivan préparait son dîner. Tsar avait très peu mangé, il paraissait ressentir l’angoisse de
son maître. Ivan avalait sa nourriture sans grand appétit mais il avait besoin de force pour affronter la sorcière. Il se remit à penser à ce vieil incident.
Il se souvint qu’il était au côté du cordonnier lorsqu’il découvrit le corps des deux
villageois, inanimés à l’ombre d’un arbre millénaire. La panique montrait le bout de son nez. Il était terriblement inquiet. Dans l’esprit des habitants il y avait le doute. Où était le chef
Gregor Ivanovitch Posev ? Sa famille ? Le médecin ?
Les deux petits groupes redoublèrent d’effort. Battant les bois, criant, pleurant,
maugréant, ils avancèrent vers leur destiné. Deux heures plus tard des cris de détresse s’élevèrent des bois. Le deuxième groupe avait retrouvé la petite famille d’Ivan au complet. Visiblement
éprouvés, ils n’étaient cependant que légèrement blessés. Un peu plus tard le premier groupe retrouva le second et le fils rejoignit les siens, rassuré. La famille au complet ils rentrèrent au
village accompagnés d’autres villageois. Les autres continuèrent les recherches encore pendant quelques heures. Ils ne retrouvèrent jamais les deux disparus.
Ivan, accompagné de son chien Tsar, marchait maintenant depuis une demi-heure dans les bois
endormis, un flambeau à la main, un couteau attaché à la ceinture. Il savait qu’il ne la débusquerait pas. C’est elle qui le trouverait. Sur le chemin, il était perdu dans ses pensées il ne
pouvait s’empêcher de repenser à ce funeste événement qui s’était produit naguère.
Ce fût Nicolaï Fedorovitch Karpov « l’ancien » qui succéda à la tête du village.
Chez les habitants de Kharkhovtski l’événement tragique était sur toutes les lèvres, c’était de loin le sujet de conversation le plus important. Tout le monde y allait de sa version. D’aucuns
pensaient qu’ils s’étaient fait attaquer par un ours, très présent dans les environs, d’autres pensaient qu’ils étaient tombés dans le Grand Ravin. Mais certains commençaient à trouver bizarre
que la Raïssa ait aussi disparu. On connaissait ses pouvoirs. « C’est la Déesse de la Nature ! » S’exclama Alexander Alexandrov. Les autres opinèrent du chef.
Le petit était très courageux, sont héros n’était autre que Nojas celui qui avait dit non
au tyran Johan VIII Mifsud. Il espérait devenir plus tard comme son héros. Son intuition lui faisait penser qu’il y avait un lien entre sa disparition et celle des autres. D’ailleurs il avait
toujours pensé qu’il fallait se méfier d’elle. Ses bénéfices pouvaient rapidement se transformer en maléfices. Il n’aimait pas beaucoup le médecin et le chef du village non
plus.
Il se rappela également qu’à l’époque son esprit très imaginatif lui fit apparaître qu’il y
avait sûrement un lien entre les trois personnages. Il pensait aussi que les trois acolytes étaient responsables des larcins et autres incidents du même genre survenu aux populations des
alentours. Depuis trois ans, il était défendu de se promener près de la grand route, et de s’aventurer au-delà des bois de Pirko.
La tête dans la lune Ivan continuait à marcher dans la nuit… Son chien à ses côtés… Ils
n’étaient plus seuls, un peu plus loin, une ombre monstrueuse se dessinait à la lueur de la lune gibbeuse. Toujours perdu dans ses pensées, il deçida de s’arrêter un instant pour faire une pause.
Il ramassa quelques brindilles et quelques branches plus grosses et les déposa en petit tas. Il sortit une allumette de sa poche et alluma un feu. Un peu plus loin, l’ombre était toujours tapie
dans l’obscurité, silencieuse. Son long nez découpait la nuit. Quelqu’un la rejoignit. Les oreilles de Tsar se dressèrent d’un coup, le chien commença à grogner, Ivan n’y prêta guère
attention.
Il devait être aux alentours d’une heure du matin, le feu crépitait maintenant assez
faiblement. Il attendait depuis deux heures déjà et faisant les quatre cent pas autour du feu il essayait de comprendre la situation. Baba Yaga, le médecin, le chef du village, les meurtres, les
disparitions, les larcins…
Le médecin Artem Kiryakin était un homme discret. Peut- être trop discret pour être
honnête. Mais c’était un bon médecin qui était plutôt poli avec les autres villageois et qui s’entendait bien avec la famille Markov. On pouvait seulement lui reprocher ses absences répétées.
Ivan n’aimait pas trop ce personnage, il le trouvait un peu faux et hypocrite et souvent lorsqu’il passait près de chez lui il le surprenait en pleine conversation avec Gregor
Posev.
Ce dernier était le chef respecté du village de Kharkhovtski depuis longtemps, il avait
succédé à son père et le père à son grand-père… C’était la famille « régnante » depuis des lustres comme une tradition de meneurs d’hommes. Cet homme était un hypocrite, le roi
des manipulateurs ! Ivan l’avait vu être cruel avec certains habitants et même avec des animaux. Tout le monde dans le village savait qu’il commerçait avec des brigands mais personne n’osait
le dire. Le dire à qui ? C’est pour cela qu’un jour il s’attira les foudres de Posev en l’invectivant devant des paysans médusés, il avait quinze ans et il le traita de voleur si bien que
Posev, pas très à l’aise dû se justifier devant les villageois et tout le monde se tu. Il n’avait peur de rien mais il devrait maintenant se méfier de lui.
De faibles scintillements mourraient au loin dans les ténèbres. D’un geste de la main la
silhouette au grand nez envoya son acolyte en direction de la cible. L’ombre à la lumière de l’astre nocturne s’avançait prudemment dans les bois éteints exempts de peur. Elle se rapprocha
rapidement mais avec une discrétion folle, empreinte d’agressivité latente. A cent mètres du feu presque endormi, elle sortit un long couteau pointe en bas. Elle la dirigea finalement vers Ivan…
une légère ébauche de sourire sur le visage.
Il était allongé sur le flan gauche les yeux grands ouverts faisant dos
à son agresseur, les mains sur la poitrine il serrait fortement son poignard …
Alors que la silhouette se précipita sur lui pour lui asséner le coup
mortel, tsar réveillé se jeta sur lui tous croc dehors, au même moment Ivan entendant le signal se retourna le poignard pointé vers le ciel. Il le planta dans le ventre de l’assaillant !
Markov à la faible lueur de la flamme regarda le visage du mort et reconnu non sans stupeur le médecin du village ! « J’en étais sûr ! » s’écria t-il. Le chien quant à lui en avait
fini de se délecter des bottes de la victime, lorsque ses oreilles se relevèrent à nouveau il pointa le museau dans la direction du nord, il avait entendu quelque chose… Il fila par-là et se mit
à poursuivre une ombre… Ivan essaya de faire parler la victime mais il n’y avait plus rien à faire. Il se remit debout et parti à la poursuite de son chien, il savait qu’il n’avait pas flairé
n’importe quoi !
Cinq minutes plus tard, après une longue course poursuite à travers les bois, Ivan arriva,
son chien tenait la proie par le bras. Le chasseur se rapprocha pour voir quel était le gibier. C’était bien la sorcière qui se tenait là, en bien mauvaise posture, celle-là même qui apparaissait
devant lui toutes les nuits depuis quelques mois, menaçante et prophétique. Il pouvait enfin la voir de près. Il s’aperçut bien vite que c’était bien la personne qu’il avait aperçu plusieurs fois
(à l’époque ils étaient quelques-uns à refuser d’aller la consulter) dans les alentours du village de sa jeunesse. Cette fois il pouvait l’examiner plus précisément. Le doute qui le travailla si
longtemps s’évanouissait maintenant dans la nuit fatiguée. L’ancien chef du village était piteusement affalé par terre devant lui, le bras maintenant libéré de la gueule du
chien.
— Je le savais ! S’écria t-il. Serguei Ivanovitch Posev !
C’était vous la prophétesse qui annonçait la colère du volcan et la fin de la Mère Russie !
— Oui…
— La sorcière du village, celle qui possédait la sagesse : Baba
Yaga la divine !
Il ne répondit pas. Le sentiment de fierté présent chez l’ancien chef du village avait fait
place à un sentiment de honte dont on n'aurait jamais pu se douter à l’époque des faits. Il se reprit :
— Oui !
— Voilà pourquoi vous n’alliez pas lui rendre visite, vous pouviez la
voir dans votre propre miroir ! Le médecin Artem Kyriakin était votre complice. Un complice bien pratique, aidant et discret qui vous adulait. Tous ces meurtres ! Tous ces
larcins ! Vous avez voulu tuer également mes parents… Je devrais vous planter ce poignard dans le cœur, espèce de pourri !
— Il faut se faire respecter quand on est le chef du village,
hein ! Haha ! L’homme le plus puissant est aussi l’homme le plus riche, non ? Hahaha ! Et comme cela le village était aussi respecté dans toute la région ! Les deux tiers
de l’argent que je récupérais était pour notre Roi. C’était son plan. Les caisses du Royaume ont besoin d’argent…Quant aux gêneurs il faut les éliminer !
— On peut comprendre aisément pourquoi les villages voisins faisaient de
moins en moins souvent affaire avec nous. Ils avaient peur… Et c’est pareil dans les autres villages.
— Oui, c’est la terreur un peu partout dans les campagnes. Je te l’ai
dit le Roi veux renflouer les caisses. Les paysans doivent apporter la quasi-totalité de leurs récoltes, l’impôt agricole plus une grosse somme d’argent au Royaume. C’est généralement le chef de
village qui s’occupe de ça et pour cela tous les stratagèmes sont bons de la diplomatie à la terreur. En cas de souci, le Commissariat Central envoie des émissaires accompagnés de soldat pour
récupérer l’argent par tous les moyens.
— C’est pas normal, il faut que cela cesse ! Mais de toutes façons
j’ai entendu dire que Nojas préparait un coup !
— Nojas ! Il est fini, il est en prison et il devrait être exécuté
dans quelques jours ! Hahaha !
Alors que les deux protagonistes s’expliquaient encore, le chien
s’éloigna à reculons avec dans son champ de vision les deux hommes rétrécissant à vue d’œil. Il tournait autour des deux hommes, il observait la situation. Son maître ne tuera pas l’ordure. Ivan
attacha le manipulateur à un arbre en attendant mieux. Une demi-heure plus tard deux villageois, se promenant dans les environs, le rejoignirent. Puis se fut au tour des policiers. Puis ce fut au
tour des techniciens.
Les trois cavaliers s’assirent à une table. Enfin débarrassé de leurs lourdes armures ils
pouvaient profiter de leur liberté. On leur versa un petit whisky. Toute l’équipe était réunie, tous avaient un large sourire inscrit sur leur visage. Les trois s’étaient pris d’amitié les uns
pour les autres. L’un des cavaliers se mit à plaisanter avec un homme assit devant lui, l’homme ria aux éclats. Il se leva. — Ok c’est bon les gars on la tien ! C’était la dernière
scène ! Ivan Markov –alias Harper Doni- se démaquilla et rejoint le trio pour quelques minutes. Puis il se leva et sortit du studio, il avait de la route pour rentrer chez lui dans son grand
appartement de Villatech. Il y retrouverait sa femme Mara, enceinte de trois mois.
Toute l’assemblée (sauf Harper Doni qui était déjà parti) se leva comme un seul homme et se
mit à applaudir.