Note : Voici les trois
premieres chroniques (chapitres) de mon roman. Tous mes textes sont protégés par la SGDL (Société des Gens de
Lettres.)
Dreams…
« L’homme se tenait là, devant cette porte
de noires pensées de toutes sortes
le tenaillaient, l’envahissaient ;
et cette porte… »
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Il était peu sorti cette semaine. Les sens en éveil, exacerbés par l’absence de contingences matérielles, il sentait enfin le poids de
sa vie. Cette porte…Dehors, le soleil brillait de ses couleurs matinales, chaque être était entouré d’un halo céleste. Le Divin veillait. Par la fenêtre on pouvait saisir toute la beauté d’une
nature en éveil. Le chant des oiseaux qui coulait, emplis de lumière, sur la fertile mater ; la rosée matinale animée par une plénitude toute musicale entonnait d’infinies mélodies, les unes
légères et sautillantes ; les autres guerrières et terrifiantes mais toutes bénies. Un poteau se dressait devant lui…
Quelques heures auparavant, le soleil revêtait son manteau bleu prussien et les songes s’écoulaient dans le sablier de la vie tels de
minuscules molécules de temps. L’obscurité se fit l’hôte des idées les plus sordides.La nuit, la torpeur, l’angoisse me rongent ; les songes vagabonds sans vie pleurent sur des tombeaux
infâmes et se lancent dans des errements obsédants. Telle une farandole, les ombres dansent, se moquant des hommes qu’elles fuient, et chaque fleur, pleur, meurt dans la rancœur écœurante de
l’humanité. Lugubre défilé d’âmes en décomposition, insalubre chambre et ineffable blâme de lamentation, puisse l’aube annihiler ces maudites pensées, sempiternels maux de l’âme et puisse jaillir
la divine lumière révélatrice. L’homme voulait franchir le seuil de cette porte, son désir s’était mué en obsession, il était fiévreux… Il se rappelait qu’une semaine auparavant cette force
l’avait déjà poussé à tenter la fuite mais des pensées plus fatalistes -germes détestables grandissant dans son esprit- l’avaient contraint à revoir ses plans.Les derniers rayons de soleil qui
parvenaient sur son visage défait avaient maintenant totalement disparu. Le monde des ténèbres l’engloutit à heure fixe, il y était habitué depuis le temps. Recroquevillé dans un coin de la pièce
enténébrée il se remit à méditer sur sa condition, sur ses hésitations, ses proches. Une effervescence se faisait sentir dans la cour de la prison située devant la petite église de marbre rouge.
C’était la Prison centrale du Royaume. Elle jouxtait le Grand Commissariat. Seuls les détenus les plus dangereux étaient écroués dans l’enceinte de cette prison. Il n’avait pas peur de se
remettre en question « la remise en question colore la force de caractère de subtilité. Elle apporte à la pensée de la profondeur. C’est une force et non une faiblesse si on l’utilise
correctement, et un formidable terreau à la création. C’est le moment où l’on bande l’arc le plus possible, moment crucial apparemment calme mais véritablement très intense, vibrant. On réunit
tous les éléments d’une situation pour les transformer en énergie plus efficace. Enfin on décoche cette flèche du savoir haut dans le ciel. Toujours plus haut, toujours plus loin, toujours plus
fort. » Il aimait aussi critiquer les gens! : « J’aime bien passer au crible tout ce petit monde ! » Se plaisait-il à se répéter. Dès lors toute la société y passait ;
les policiers véreux aidés financièrement par notre grand chef, les sénateurs corrompus, les nababs, et surtout son plus fidèle ennemi. Les injustices le révoltaient. En prenant les choses en
mains il savait les risques qu’il encourait mais sa liberté d’esprit devait servir une cause, celle du peuple. Cet homme guerrier et artiste –il avait déjà publié des fragments poétiques-
possédait un côté ascète qui s’associait, malgré tout, assez bien avec son impulsivité et son exubérance d’extravertie. Il aimait aussi se retirer dans une méditation apaisante pour son esprit
agité et bouillonnant, cela lui permît d’acquérir un certain sang-froid ainsi que plus de lucidité face aux évènements. Ces critiques étaient parfois moins acerbes envers ses proches. Parfois
seulement ! Malgré son respect pour l’Humanité et sa compréhension de la philosophie de chaque être, son agressivité naturelle l’incitait toujours à critiquer ses contemporains. Dans ces
rapports, l’apparente sympathie dont il savait faire preuve était un mécanisme naturel qui évitait bien des conflits. Pourtant Dieu sait qu’il aimait la confrontation, c’était un guerrier
stratège et un leader dans l’âme. L’agressivité était aussi pour lui l’énergie souterraine primordiale à chaque création. Elle était comme un torrent, elle emportait toujours la décision. Ed
caressait aussi le rêve d’être le grand chef. Il était tel le héros toujours prêt à conquérir, à secourir la veuve et l’orphelin, à sauver la princesse des griffes de l’infâme pater. Toutes ses
contradictions, pensait-il, faisaient la richesse d’un Homme. Toujours arque bouté dans sa position fœtale il sentit la fatigue s’emparer de lui. Il s’endormit. De l’autre côté de la rive Morphée
l’attendait à l’orée d’un bois lui indiquant le chemin à prendre d’un air bienveillant. Il s’empressa de le suivre. Il s’enfonça dans la forêt de son esprit. Il avança d’un pas déterminé. Il
semblait connaître le chemin, malgré la brume naissante. Le silence qui régnait dans cette contrée semblait faire place maintenant à des bruits difficilement identifiables. Pas de chants
d’oiseaux, ni de vent jouant avec les feuilles, aucun bruit ne parvenait de la rivière non plus. Aucune présence humaine ou s’en rapprochant dans les parages. Arrivé devant une clairière il
pouvait enfin distinguer le but de ses pérégrinations, caché derrière les arbres il découvrit un pont qui menait à un édifice. Il passa la rivière semblable au styx. L’atmosphère devint encore
plus pesante. Une ombre semblait étreindre les lieux de ses bras néfastes. Hécate dirigeait une armée de loups enragés.
Tout le long de la rivière les scintillements
— Éclats d’étoiles à la lueur de la lune-
Éclairent la vision du poète noctambule !
Emprunt d’une mélancolie amère et pourtant…
— Mon voyage touche à sa fin, la fin de l’errance
Incarnée par ces murs sur un miroir fragile
Tâché de lis d’eau de Lotus par mille
Reflet trouble à mon âme le divin édifice.
Fin de l’errance, voici la bâtisse
— O Erato ! Toi qui glorifie les poètes
Que de mes tourments puissent jaillir les vers ! Car vastes
Les ténèbres qui accueillent mes pensées et mon âme
Sombre. Sans toi, hélas, mon cœur pleure. Langueur et larmes…
Apparition
— Ne Promettez pas la lune à votre dulcinée !
Et la Muse de confirmer ce vieil adage :
— Du cœur il faut Percer le secret, déguisé !
Mais il sUt : lisse et doux en était le ramage.
Exaspération
— J’entends au loin les hurlements, mélopées
Éternelles et journalières, échos occultes…
Non ! La lune funambule nullement n’exulte.
N’est-elle pas prude l’égérie des poètes, gênée,
Indignée par cette cérémonie vespérale
Fournissant à l’homme des harmonies envoûtantes,
Enivrant chaque âme d’une émotion fervente ?
Refuge des idéaux comme ta lueur est pâle…
L’aube se fraya alors un chemin dans la jungle de son esprit exténué avec son cortège de concrètes réalités. La nature enveloppait la
vie d’une épaisse couche d’humanité, traversée deci delà par des rayons de haine. Des grognements s’élevèrent de la cour annonçant un funeste événement. Une meute de soldats attendait. Holstrom
également, derrière la porte. Nojas se traîna par terre, chaînes aux pieds et aux mains, et prit difficilement position derrière la porte. Il s’y adossa. Holstrom commença son
rapport.
La Guerre de Gorzzo
« Le renoncement au progrès est une insulte
au fondement même de l’Humanité.
Oublions les morts et reconstruisons ! »
2
Gorzzo ! Ce nom résonnait, cinglant comme une gigantesque houle dans l’esprit des troupes de Karl Karson. Quand le ciel revêtait
sa couverture étoilée et que la lune se faisait chef d’orchestre à son tour, les esprits s’échauffaient, vagabondaient dans des errements cauchemardesques. Une nuit de plus dans l’attente et la
horde deviendrait folle, les consignes se faisaient attendre. L’angoisse était à son comble mais elle n’était pas une contrainte pour Karson, plutôt un moteur. Un océan intérieur recelant, dans
ses profondeurs, des trésors d’idées. Il aimait prendre son bateau et voguer sur ces étendues si riches.
Au petit matin, un épais brouillard chevauchait les Pics jumeaux Akri et Sona, la flotte dirigée par le capitaine Karson jeta l’ancre
au sud-est de l’île de Sappia (dernière étape avant Kaltte) en attendant les ordres de Karan Korli. Il préférait s’isoler dans sa cabine afin d’organiser, d’imaginer au mieux les assauts. Fervent
admirateur du génie de son chef, il se révélait lui aussi fin stratège. Les troupes étaient regroupées sur les îles situées au large de la contrée de Korland. Leur chef vieillissant Karan Korli,
dernier magicien de la lignée d’une légendaire famille viking, détenait des pouvoirs qui n’avaient d’égal que sa furie destructrice. Il disposait aussi d’une flotte maritime composée (sur le
tard) de guerriers sanguinaires -ils avaient fait disparaître une bonne partie des derniers survivants du « Chaos Technologique »- et Karson était leur capitaine. Deux ans après ce
qu’on appela communément le Chaos le « Gourou » régnait quasiment sans partage sur un monde dévasté par la technologie ultramoderne. Un monde en complète reconstruction. Tout
avait disparu. Un véritable cataclysme. Les guerres, les accidents nucléaires qui s’étaient produit par le passé n’avaient pas suffit ; ces différents évènements ne furent que de simples
prémices. La catastrophe pendait au nez. Ils l’ont voulu. Ils l’ont eu. Ce fût la plus grande catastrophe de l’histoire de l’humanité. L’Homme est têtu. Une série d’évènements inextricables. La
gigantesque réaction en chaîne toucha le monde entier. Plus de quatre vingt dix pourcent des terres avaient disparues sous les mers et pas moins de quatre vingt quinze pourcent des habitants du
globe. Le peu d’animaux qu’il restait encore pérît très vite. Une hécatombe. Ils avaient mit le respect au ban de la société depuis longtemps déjà. Les politiques, quant à eux, s’étaient
réveillés un peu tard… Et donc il restait ces survivants… pourquoi eux ? Dieu seul le savait… Un des survivants, Karan Korli, ancien Directeur d’une petite ONG américaine, prit conscience
très vite des pouvoirs qu’il détenait. Tout naturellement il prit les commandes de cette « reconstruction », il organisa tout cela parfaitement. De tout temps les hommes avaient rêvé
d’être magicien. Une espèce de fantasme de pouvoir ultime, lui les détenait réellement. Dans un premier temps, seul, il fit connaissance avec l’étendue de ses capacités. Capacités qui
lui étaient apparues comme par « enchantement ». Plusieurs semaines durant il erra sur les terres détruites et désolées. Rapidement il se rendit compte de ses pouvoirs psychiques, il
pouvait déplacer des objets par la seule force de sa pensée. Il parvenait même à commander des éléments de la nature. Il pouvait conduire les nuages, et comme la couche d’ozone était de plus en
plus mal en point il s’activa pour créer un véritable mur de nuages infranchissable et complètement homogène. Appelez-moi M. météo ! Le changement climatique s’en ressenti tout de
suite. La violence des rayons du soleil était un peu atténuée. Il en faudra un peu plus pour améliorer le climat. Les coups de soleil ne seraient plus mortels aussi rapidement !!!
M. météo ! Elle est bien bonne ! Plus tard au hasard des rencontres il se découvrit télépathe, soumettant les gens par la seule force de son esprit. Tel un
prophète il montra la preuve de ses pouvoirs à ces nouveaux « adorateurs. » Il serait le maître incontesté de ce nouveau cycle. Dans un second temps il rallia les survivants à
sa cause. « Je dirigerai le monde et vous serez mon armée et mon peuple » leur dit-il. Très vite une société hautement hiérarchisée se constitua dans la nouvelle contrée rebaptisée
Korland. Karson fût désigné comme second de Karan Korli. Ce valeureux guerrier était sous l’emprise de leur nouveau chef tout comme les autres. Une société se construisait, inspiré par un mixe de
plusieurs modèles du passé ; un peu de viking post-moderne par-ci pour tout ce qui se rapportait à la guerre (leurs navires de guerre se rapprochaient du drakkar), un peu d’inca par-là pour
la forte présence de la magie dans la vie quotidienne et une espèce d’adoration pour l’astre solaire. Deux ans plus tard la deuxième génération du Chaos naquit. La plupart des guerriers avaient
maintenant une compagne. La population de Korland approchait maintenant les trois cents âmes. Ils avaient bientôt tous leurs propres lopins de terre. Karson avait hérité de près cent
hectares de ces terres pauvres. Il était aussi forgeron à Korland, car bien que tous fassent parti de l’armée du Gourou ils avaient également un autre métier. Sa femme Kara quant à elle était
médecin. Après une courte période de deux ans où les rescapés de la catastrophe avaient pleuré leurs disparus, s’étaient regroupés et avaient rebâtit des habitats décents (avec le peu de
matériaux qu’ils trouvaient sur place) une reconquête de l’espace allait se mettre en place. Pendant plusieurs années on envoya des bateaux sur les océans à la recherche d’éventuelles terres
habitées mais rien, ils revinrent toujours bredouilles. Les envois d’éclaireurs furent arrêtés.
Mais plusieurs décennies plus tard…
La récente découverte de la présence d’une population vivant sur des îles à quelques milliers de kilomètres de la contrée fit l’effet
d’une bombe. On y observa qu’un commerce extérieur s’était mis en place rapidement entre ces îles voisines. Un commerce qui se déroulait dans les règles. Les bases étant établies sur le sol
korlandais -dictature en vigueur et lavage de cerveau des habitants de la région - le chef décida d’envahir ces grandes îles afin d’asseoir son pouvoir sur la planète. Sa soif de pouvoir était
sans fin. Kaltte étant quasiment à sa merci ils ne leur restaient plus qu’à investir Gorzzo et les autres îles…
Villatech (en quête)
Faits divers :
Un étrange incident s’est déroulé dans un théâtre de la capitale, un comédien du nom de Harper Doni –interprète d’Eric Orson dans
la pièce « C’est encore loin Villatech ? »- a été agressé par un inspecteur de Police. Il avait fait appel à lui après une représentation de la pièce, car il avait perdu une
« chose » de grande valeur (c’est ce qu’il lui dit.) L’objet n’était pas ce qu'on aurait pu croire... D’après les témoins de l’affaire le policier, à la suite de cela, est tout
simplement devenu fou et s'est jeté sur le comédien.
Extrait du Quotidien le Royal.
3
Ce fût dans un petit théâtre de Villatech Est que l’action se déroula, des roues lisses glissent, police. Sur scène c’était Acropolis.
Décors antiques sur la scène. Des colonnes de marbre dans les coins de la scène, une forêt en arrière plan, peu de moyen pour cette unique représentation de C’est encore loin Villatech ?
Qui venait de se terminer. Au lever du rideau un petit homme débonnaire attendait dans le coin gauche de la scène adossé à un petit muret. Son regard vif balaya toute la salle d’une traite. Eric
Orson arriva, il avait tout de suite appelé la police, ce fût l’inspecteur Renato du Commissariat Central qui s’occupa de l’affaire.
— Alors Inspecteur, l’avez-vous retrouvée ?
— Eh bien non ! Mais ne vous inquiétez pas, mes hommes sont sur le qui vive. Un ange passe… Il reprend.
— Sachez cher Monsieur, que j’emploierai tous les moyens qui sont à ma disposition pour la retrouver ! Caché derrière une des
colonnes du décor, un inconnu observait.
— Elle a une valeur inestimable ! Elle vaut bien plus que tous les trésors du monde ! Elle a plus d’éclat que tous les
diamants du monde, elle est plus belle que tous les couchés de soleil du monde, elle est plus rare que toutes les éclipses de l’univers… Un des éléments du décor s’affaissa, mais fût retenu in
extremis par Eric Orson, l’inconnu, le regard avide, écoutait attentivement. Dans la salle, un membre de l’équipe de l’entretien lisait le journal, depuis trois jours toutes les polices de la
planète étaient à la recherche de la plus grosse émeraude disparue dans des conditions inexplicables. Cette pierre « le Cobra Verde » fut découverte en 1902 lors d’une expédition près
de Manaus en pleine forêt amazonienne. Cette découverte était à mettre au crédit du géographe et chercheur Pierre de Jade alias « main verte. » Cette disparition faisait les gros
titres. Mais reprenons…Sur scène le silence allait bientôt laisser place au chaos. Des mimes forts mécontents firent irruption dans le théâtre. Ils manifestaient à leur manière contre la nouvelle
loi stipulant que chaque comédien devait respecter un quota de mot par spectacle. « C’est la fin du mime !!! » Était-on en droit de se demander. Les pourparlers furent houleux pour
qu’ils sortent du théâtre. Vingt minutes plus tard les mimes en colère étaient partis.
— C’est bien qu’ils aient fondé ce mouvement du MTF (Mimes Très Fâchés) ils ont raison de se battre. Il y a quelque chose de pourri au
royaume des décideurs.
— C’est vrai… Écoutez, je ne devrais pas vous le dire maintenant, je préférerais être sûr…
— Quoi ? Dites-moi !
— J’ai peut-être une piste !
— Laquelle ?
— Ce n’est qu’une hypothèse mais elle semble plausible. Avez-vous entendu parler de la tryctoïne.
Eric se mit la main devant la bouche, l’air stupéfait. Il était toujours sous le choc de cette disparition.
— Alors… vous avez déjà entendu parler de la tryctoïne ? Dites-moi !
— Quel rapport avec l’affaire ? Vous voulez insinuer que j’ai pris cette nouvelle drogue qui a tendance à altérer la mémoire…
hein ? C’est ça !
Un second ange passa. On pouvait se demander s’ils n’étaient pas tous un peu sous l’effet de cette drogue. On connaissait le penchant
de L'inspecteur pour certaines substances illicites.
— Elle a d’autres effets… Alors est-ce le cas ?
— Non, j’ai arrêté il y a quelques mois ? La mémoire pour un comédien c’est important…
— Très bien ! Passons ! Êtes-vous au courant de quelque chose. J’ai l’impression que vous ne me dites pas
tout !
— Non je ne sais rien, si je peux paraître un peu bizarre c’est parce que je suis encore un peu sous le choc. Quelle sombre
affaire !
Orson semblait se comporter bizarrement depuis quelques instants. Renato marchait pensivement sur les planches et se rapprocha du
pilier qui failli tomber il y a peu. L’acteur paraissait encore plus nerveux (si c’était possible !)
— Bon ! Il va falloir que je lâche les fauves dans l’arène, mes flics vont devoir fouiller le théâtre de fond en comble. On va
bien trouver des traces suspectes, un indice, quelque chose ! J’exige également d’interroger les témoins, en tous cas les dernières personnes à avoir été présentes sur les lieux de
l’incident. J’aimerais commencer par le membre d’entretien. Assis au bord de la scène le membre d’entretien se retrouva bientôt à côté de Renato pour un interrogatoire. Eric Orson avait toujours
son borsalino vissé sur la tête si bien que l’avant du chapeau cachait une partie de son vaste front de créateur. Il sortit de scène et s’installa dans un fauteuil du premier rang. Derrière lui
les policiers continuaient les fouilles avec zèle.
— C’est donc vous qui vous occupez de l’entretien dans ce théâtre.
— Oui mais je ne suis pas seul, nous sommes cinq en tout. Nous faisons un roulement pour l’organisation.
— C’était donc votre jour aujourd’hui, n’est ce pas ?
— Tout à fait je m’occupe de la salle, de la scène aussi. Mais Claire était là aussi aujourd’hui, elle s’occupait des bureaux et des
sanitaires.
— Ok très bien, vous étiez deux, vous vous êtes croisés dans la journée.
— On s’est aperçu furtivement ce matin en arrivant, mais sinon chacun a son coin à faire.
— Très bien, j’imagine que vous êtes arrivé tôt ce matin 7h00… 7h30 ok ! (Le membre de l’entretien acquiesça) avez-vous vu
quelque chose de particulier en arrivant ce matin ?
— Vous savez je passais l’aspi125 avec mon vieux walkman vissé sur les oreilles donc je n’ai rien vu de bizarre ni entendu quoi que ce
soit monsieur…
— Monsieur l’INSPECTEUR je vous prie ! Bon, donc vous n’avez rien vu de bizarre. Un objet disparu, volé, barboté. Non rien de
tout cela ! Vous qui connaissez si bien les lieux vous devriez voir une différence. Regardez bien ! Cherchez bien !
— J’ai encore du travail…
— Non ! Rétorqua Renato, vous allez aider mes hommes à rechercher cet objet dont naturellement personne n’a
connaissance !
« Y a qu’à moi qu’on donne ce genre d’affaire ! Les histoires farfelues c’est pour Renato le roi des Bozos. Mais bon on
n’est pas là pour jouer à saute-mouton… Allez les gars je veux vous voir tous au boulot ! Vous là ! Cherchez ce que peut-être l’objet qu’on cherche, faites l’inventaire ; Je
préfère déléguer, donc voyez ça avec les témoins, débrouillez-vous, qu’on ait au moins une idée de ce que l’on cherche. Et vous autres continuez à chercher l’objet non identifié, on va finir par
trouver une vraie piste… » Orson suivait les évènements, assis au premier rang. L’inspecteur le rejoignit. Ils étaient assis l’un à côté de l’autre sur les sièges rouge et vieux du premier
rang de la salle du théâtre. Ils étaient soucieux pour des raisons différentes. Ils se regardèrent.
— Ça ne vous dérange pas que je m’asseye à côté de vous, j’aimerais faire une pause pour réfléchir
— Ça ne me dérange pas, faîtes donc !
Le vieux policier brûlait d’envie de lui poser une question, il attendit un instant qu’Orson soit dans de bonnes dispositions puis il
lança.
— Bon maintenant vous pouvez bien me le dire ! Vous avez bien une idée de ce que vous avez perdu ! Je sais bien que les
artistes sont parfois un peu dans la lune mais là quand même ! Faut pas pousser ! Ne plus se souvenir de la chose qu’on a perdu, c’est un peu fort, non ?! Vous ne pensez
pas ?! Vous vous êtes drogué ?
— Pour la seconde fois non je ne me suis pas drogué ! C’est vrai que c’est un peu fort mais vous savez je crois que le stress de
la première représentation est vraiment déstabilisant. Je pense vraiment que c’est à cause de ça que j’ai oublié ce que j’ai perdu…
— Ok, de toute manière je suis sur l’affaire. Elle ne sera pas close avant qu’on trouve le fin mot de l’histoire. Faites-moi
confiance !
L’inspecteur débonnaire se balada dans la salle, l’œil inquisiteur. Il se rapprocha de son second qui s’attelait à questionner Claire
la jeune femme de l’entretien. Il remarqua qu’il tentait de lui faire du charme. Il le fixa d’un œil noir du style tu n’es pas là pour draguer, c’est compris ! L’interrogatoire reprit dans
le sérieux. Depuis maintenant trois heures tous s’affairaient pour retrouver la chose inconnue. Dure ! Il commençait vraiment à être à court d’idées. Pendant ce temps l’acteur se
leva de sa place, l’air habité. Il se dirigea lentement vers la scène, monta les quelques marches et commença à faire les quatre cents pas. Personne ne le remarqua excepté Renato évidemment qui
avait les yeux partout, qui était partout. Tout d’un coup le comédien, les yeux fiévreux, se déplaça vers le centre de la scène et demanda à tout le monde d’arrêter ce qu’ils faisaient.
L’inspecteur s’avança vers la scène.
—Écoutez ! Ça m’est revenu, je sais maintenant !
L’atmosphère était tendue, inflammable. Une tension toute intérieure prête à exploser. Au fil des heures de recherche l’énergie
s’était comme intériorisée, tout le monde travaillait dans sa propre bulle. Ils réfléchissaient à leurs propres petites vies. Certains se disaient « Quand est ce que je vais rentrer chez
moi ? Ma femme m’attend… moi ! », Un autre « Elle me plaît cette fille j’ai bien envie de l’inviter à dîner ! », une autre encore « Il est beau notre inspecteur, quelle
noblesse, quel force ! » Ou bien Renato « C’est pas trop tôt, on va enfin savoir je vais pouvoir retrouver ma famille adorée et embrasser ma belle ! »
Harper Doni reprit :
— J’ai perdu ma compagne ! Ma bien aimée. Celle dont je suis enamourée, et qui ne me quitte jamais.
— Très bien le poète ! On va enfin avancer ! Bon ! Pouvez-vous nous faire une description ? Comment
est-elle ? Comment était elle habillée la dernière fois que vous l’avez vu ? Son nom ?
— C’est ma muse
— Oui ! Mais encore !
— Elle s’appelle… INSPIRATION…
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