SWEET ULALUME
Bienvenue à tous ! J'espère faire partager au plus grand nombre mon amour de l'Art ! Sur ce blog vous pourrez
retrouver certaines de mes créations : poèmes, nouvelles, photos, peintures, critiques ainsi que des surprises aussi diverses que variées.
Nicolas Bodereau
Chapitre IV du roman
Le Nymphée
« Le jour viendra où la flèche de la justice décochée
déchirera les ténèbres du Royaume. »
E. Nojas
Rebelle
Le Roi Johan VIII de Mifsud, du haut de son building (surnommé le Nymphée) contemplait son Royaume. La bataille qui venait de s’engager risquait de compromettre ses ambitions. Il le savait. La prospérité qui durait depuis plus de quarante ans ne serait bientôt plus. Il avait donc cherché l’homme de la situation. Pour protéger ses terres d’une attaque prévisible il fit appel à l’indomptable Nojas –son ancien ennemi appelé à la rescousse en ces temps de crise- pour être à la tête de sa grande armée. Le dernier Roi vivant sur cette terre, était entouré de mystère.
Edward Nojas n’avait pour ainsi dire jamais vu son roi face à face, quand il s’agenouillait « respectueusement » en bas de la vingt troisième marche amenant au trône majestueux il se sentait mal à l’aise, les ordres qui lui étaient intimés par cette silhouette immobile lui paraissaient irréels, dénués de vie. Le mystère planait sur le Royaume et sur la personnalité du Roi, des choses étranges avaient lieu, mais le plus bizarre lui semblait-il était que pendant longtemps il pensait être le seul à ressentir cela. Mais depuis les choses avaient évoluées. Le groupe de rebelle qu’il commandait jadis était de nouveau en activité, et même s’il avait moins le temps de s’en occuper il en était toujours le fondateur et le chef spirituel. Il avait trouvé des gens qui comme lui pensaient que son Altesse cachait quelque chose, un lourd secret. Ils ne voulaient plus vivre sous le joug d’un tyran déguisé en progressiste dont en plus on ne savait quasiment rien et dont on avait jamais vu le visage. Pour cela il pouvait compter sur son ami Argu Holstrom, c’est avec lui qu’il avait réussi à remettre sur pied le groupe.
Il s’était souvent demandé pourquoi ils étaient si peu à avoir vu le visage découvert, dans la cité un grand nombre d’hommes, de femmes et d’enfants se déplaçaient encapuchonnés, seules les voix permettaient de faire une distinction. Jeune orphelin c’est à l’âge de dix ans qu’il décida de ne plus se poser cette question, mettant cela sur le compte des traditions. Il perdit ses parents trop tôt à l’âge de neuf ans, la seule chose dont il se souvenait c’était une voix sombre et caverneuse lui annonçant la mort de ses parents tombés accidentellement d’un couloir aérien pour piéton. Le problème étant que ces couloirs étaient complètement fermés donc sécurisés. Comment avaient-ils pu tomber alors ? Et où étaient passés les corps ? Ces questions étaient toujours présentes dans son esprit.
Cette situation ne l’empêchait nullement d’être le plus valeureux des combattants, ses trente cinq ans faisaient de lui un guerrier plus sage ayant affronté tellement de situations extrêmes que la peur lui était devenue une quasi inconnue ou plutôt une alliée fidèle.
Il savait que cette bataille, comme chaque bataille, pouvait bien être la dernière. Le roi avait fait appel à lui pour être à la tête de ses armées. Ce même roi qui le fit enfermer, lors du putsch de ..., dans la prison du Royaume avant de le faire libérer juste avant l’exécution.
Ce fût avec ce sentiment de malaise vissé au corps qu’il s’apprêtait à écouter les directives du sage. Il salua les gardes postés à l’entrée, puis pénétra dans la salle du trône. La pièce était dans la pénombre naissante (comme à l’accoutumée), les quelques flambeaux allumés se reflétaient sur les draperies rouges et noires ornant les murs, libérant dans l’atmosphère des effluves malsains et intensément macabres. La voix du roi, caverneuse, prenait grâce à l’écho de cette salle extraordinairement grande et vide, une solennité toute tragique :
— La situation est grave, Nojas ! Les hordes de Karan sont sur le point de défaire les Kalttéens !
— Seigneur ! Laissez moi vous rappeler que les habitants de l’île se sont battus courageusement et… ils résistent encore… les pirates n’ont pas encore quitté l’île !
De plus, ils leur fallaient encore attendre l’arrivée de leurs vaisseaux, toujours amarrés à Sappia, pour espérer atteindre les rivages de Gorzzo. Nojas observait le déroulement des évènements sur l’écran géant du moniteur personnel du roi.
Un long silence s’abattit sur les lieux. Il savait que la petite armée postée sur l’île était loin d’être imbattable, même s’ils avaient le concours des autochtones de Gorzzo réputés sanguinaires (ceux-là même qui avaient tenté de se soulever jadis contre le royaume.) Une seule chose intéressait le Souverain, que les belligérants n’atteignent pas les terres du sud… Que les autochtones se fassent tous tuer par la garnison ennemie il ne s’en souciait guère, leur commerce « extérieur » en prendrait un coup, c’est tout !
En ces périodes de guerres intestines Harrison Goddi Jr affichait une sérénité olympienne sur son visage. Lui, le dernier Architecte en chef encore vivant s’attelait à son dernier projet : la construction de deux grandes villes afin de désengorger les couloirs de Villatech. Elles avaient pour noms Villatech I et Villatech II, « annexes » est et ouest de la capitale. Construites sur la mer le Royaume s’étendrait encore un peu plus, toujours un peu plus. Le Roi bâtisseur avait l’intention de gagner le combat contre la mer. La surface maritime étant beaucoup plus dense que ses terres cela devait changer. Je ne le supporte pas, c’était là sa pensée profonde sans aucun doute, même si le discours officiel était de construire des villes pour accueillir les habitants. Ca faisait du travail en plus. Une équipe de sécurité sous les ordres du Commissaire Anto Milson fût même mise en place pour sa protection. L’inventeur du Désert des Ecrans et fils du maire de la capitale était la cible d’un petit groupe rebelle (plus commandé officiellement par Nojas mais pas officieusement) qui tentait de le capturer afin de stopper les constructions et bloquer les actions royales. Il devait aussi se méfier de certains collègues constructeurs jaloux. Le dernier à son poste ayant été exécuté, on ne sait par qui…
Il était en quelque sorte le petit préféré du roi qui l’appréciait beaucoup, enfin qui appréciait surtout beaucoup le travail bien fait. La très prisée Ecole Supérieure des Architectes, où il avait apprit son métier, avait fait de lui un des personnages les plus important de la cité. Il fallait dire que ce grand blond dégingandé était un constructeur de grand talent doublé d’un esprit extrêmement pointu et brillant. Il avait carte blanche et pouvait laisser agir son imagination débridée. Indépendance complète. Il avait le poste très envié (une rémunération intéressante !) D’Architecte en Chef Officiel du Royaume. Rôle de L’ACOR : Haut personnage du Royaume. Ne pouvant être qu’au nombre de un, il a comme responsabilité la mise en projet de la construction des bâtiments officiels du Royaume. C’est lui qui dirige la Guilde des Architectes, chère à notre Altesse. Ses décisions ne peuvent être remises en question, excepté par le Roi en personne. La dénomination du terme ACOR vient de M. Harrison Goddi Sr. Son détenteur gardera cette distinction à vie. C’est lui qui désignera son successeur quand le moment se présentera…
La plupart le maudissaient. Un quasi-monopole qui ne laissait que peu de place aux autres (qui ne s’occupaient que des projets les plus mineurs : constructions de piscines et de certains immeubles de logements sociaux pour les plus chanceux ! La majorité d’entre eux partaient dans les campagnes du nord pour s’y installer et exercer leur métier avec un peu plus de liberté (toute relative !) En construisant des habitations pour les villageois. Des choses peu ambitieuses. Ils étaient tous sous l’autorité de Goddi.
L’architecte en chef avait du pain sur la planche, mais avec sa méthode révolutionnaire il n’avait pas besoin de main-d’œuvre. Le logiciel informatique qu’il avait mis au point permettait de bâtir quasi instantanément. Son imaginaire était directement lié à un outil informatique de pointe.
Le jour avalait la nuit les ombres dispersées. Dans un petit bar de Villatech Argu Holstrom retrouva quelques collègues, ils fêtaient l’arrivée d’un nouveau : Nixon Reyes. L’endroit était branché. Un des plus branché de la ville, on y croisait tout le gratin urbain, parmi eux tapis dans l’ombre incognitos des membres de la Garde Royale. L’architecture du bar « Le Soleil Alternatif » portait la signature de Goddi le Grand Architecte jusque dans le design de la décoration intérieure. Les lumières nourrissaient l’atmosphère de nuances bigarrées où s’entrevoyaient les ténèbres naissantes. Au plafond un soleil factice faisant office de lustre chauffait la grande salle de ses chauds rayons artificiels. La plupart des gens venaient ici pour cela. Dehors la lumière naturelle du soleil n’était plus qu’un lointain souvenir. La couche d’ozone étant presque arrivée au terme de sa vie, il fallu décider de se protéger correctement. Un immense « plexiglas » -de nouvelle génération- se teintait progressivement tout au long de la journée pour imiter autant que possible feu l’ancienne lumière solaire. Un plexiglas efficace mais qui avait un petit défaut de construction. Il était impossible de sortir entre treize heures et quatorze heures…
— Je vous somme d’arrêter !!! Hahaha !!! Allez Nixon détends-toi bois un verre ! Wilson Doni faisait encore le malin, comme d’habitude, il s’était mit debout sur sa chaise pour imiter un des soldats de la Garde du Roi. Il fixa Reyes puis Holstrom de ses petits yeux noirs et rusés.
Holstrom était un ami du « Lion ombrageux.» Ils s’étaient rencontrés lors du long séjour du rebelle en prison. Il était gardien à l’époque, et lui apportait de la nourriture et de l’eau. D’ailleurs bien plus souvent que prévu. Presque tous les jours, ils discutaient tous les deux adossés à la porte de la geôle où était emprisonné Nojas, seul. Il lui exposait sa vision de cette société gangrenée dans laquelle ils vivaient. De la toute-puissance du Roi et des doutes qu’il avait sur les motivations de ce dernier. Holstrom était entièrement d’accord. Il avait été converti par ce séducteur convaincant. Par cet homme au regard si perçant. Ses yeux brun vert semblaient accueillir au fond de leurs iris une myriade de flammes brûlant continuellement. De son mètre soixante quinze il dégageait une autorité impérieuse mais souple, une force de caractère, une chaleur humaine qui n’excluait pas parfois les regard glaciaux. Ses colères et sa mauvaise humeur pouvaient parfois troubler sa sérénité ainsi que les gens autour de lui. Malgré cela et malgré son physique solide il y avait en lui cette sensibilité fragile qui lui apportait une dimension humaine supplémentaire. Les gens disaient de lui qu’il était exceptionnel.
Les deux se retrouvèrent à la libération du rebelle. Le prisonnier, étrangement libéré par Mifsud quelques minutes avant sa mise à mort, fût placé illico aux commandes de l’armée. Un rebelle au pouvoir en place à ce niveau, c’était quelque peu incongru !! Il se méfierait deux fois plus encore qu’auparavant, si c’était possible !! En faction à ce poste depuis peu il engagea son ami comme conseiller. Les deux avaient une grande confiance l’un en l’autre.
Doni continuait ses frasques il singeait maintenant le roi sans visage (personne ne l’avait vu clairement) seul Nojas s’était approché de lui à moins de vingt mètres. Le reste de la population devait se contenter d’écouter sa voix lors de rares déclarations. Le jeune Nixon Reyes riait de bon cœur comme les autres collègues.
L’atmosphère alcoolisée était bon enfant. Après une journée de dur labeur ils étaient heureux de pouvoir se retrouver entre collègues pour partager un peu de convivialité. Doni était déchaîné. Il se leva de nouveau et commença à déclamer ses poèmes –il aimait en composer à ses heures perdues- il le faisait souvent quand il était bourré.
— Ecoutez tous… Voici un de mes poèmes, il s’in…titule Amour Céleste…
Tendrement enlacés les deux amants roucoulent
Dans leur cher nid, prémices aux gestes amoureux
Leurs ailes déployées recouvrent les frissons frivoles.
Dans le céleste lointain les L se languissent
Alors de retrouver leurs cieux, leurs siens, leur lieu,
Leur lien si chaleureux que périssent factices
Toute amourette futile, passades et jeu frileux.
Perception à l’orée1 des émotions
Ne se résout à te demander Grâce
Jamais. L’avenir enlumine las
Nos idéaux du O de sa terrasse
Divine et montre la voie à suivre : Passion.
Oh toi ! De ta parure céleste
A jamais constante, tu te délestes !
GraV dans la roche le sentiment
Noble à tes yeux d’amour ardent
Tu l’implores éternellement.
— Excusez moi une petite gorgée… je reprends :
Je te tiens oh toi !
Esclave de l’amour
Qui perdure en moi !
Par ici la sortie ! Tour
De magie toujours !
A jamais un sort.
Fis-toi
N’attends point
Bats-toi
Tends vers le loin,
Le haut
Envers E contre tous.
— Ok Doni ! Mais On le connaissait déjà celui là…
— C’est vrai ? Alors un autre, inédit cette fois…
— C’est bon ! On t’a assez entendu Doni ! S’exclama leur ami le barman, un large sourire aux lèvres. — Descend de là maintenant !
Toute la salle riait. Ce soir le comique Marco Geli était à l’affiche avec un de ses sketchs les plus connu, malheureusement il avait faux bond à la dernière minute. On lui devait des phrases comme « Tu T’es salie, regarde-moi Cette Trace de Macédoine ! » Ou encore « Il a lâché un vent Trilok Gurtu! » à base de jeux de mot.
— Allez un petit dernier pour la route… non pas un verre (le barman s’apprêtait à le resservir) ! Un poème…Un petit poème ! Un pur moment de plaisir.
Amour de bouton de jouissance
Sous ma langue délivrée du manque
Les frissons à travers les sens
Satisfait jusqu’à l’extatique
Perçoivent la lumière nacrée
Chant d’étoile constellée
Cette immensité éthérée
Sur laquelle je danse excentrique.
Humide vérité de l’instant.
Les bras ouverts et le cœur
Parvenu près de l’éternel
Goutte à goutte le bonheur naquit
La salle applaudissait de plus belle. On entendait ici et là disséminés dans la salle des « bravo, quel poète ! », « magnifique ! » ou encore « il fait l’idiot mais il a vraiment du talent ! »
— T’as loupé ta vocation Doni ! Cria Reyes dans un éclat de rire général.
Tant pis si le comique Marco Geli n’était pas sur la petite scène du bar, Doni assurait le spectacle dans la salle.
Holstrom discutait plus sérieusement avec un de ses collègues quelques tables plus loin. Il esquissa un sourire devant les frasques de son ami, puis reprit sa conversation avec son collègue.
La discussion était des plus sérieuses. Le royaume était en proie aux polémiques. Surtout à propos du roi. Les encapuchonnés intriguaient aussi de plus en plus.
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