SWEET ULALUME
Bienvenue à tous ! J'espère faire partager au plus grand nombre mon amour de l'Art ! Sur ce blog vous pourrez
retrouver certaines de mes créations : poèmes, nouvelles, photos, peintures, critiques ainsi que des surprises aussi diverses que variées.
Nicolas Bodereau
Dans la lignée des films précédents comme Rosetta ou le fils les frères Dardenne continuent dans le drame social et dans le lancement de pavés dans la marre du Capitalisme, ici accompagné de son jumeau Matérialisme forcené, ils étreignent la petite ville belge de Seraing de leurs bras néfastes. Dans une Belgique industrialisée et grise Bruno, petit délinquant, et sa compagne Sonia vivent ou plutôt survivent grâce à des petits larcins et à leurs allocations. Ils viennent d’avoir un bébé. Le jeune Bruno dirige un réseau de petites frappes. Il recèle et fait exécuter des cambriolages par des enfants les poussant irrémédiablement sur la voie de la délinquance. Il mendie, troque, trafique et vole n’arrêtant pas une seule seconde. Très peu responsable il compense cette lacune par un instinct fort, par son sens de la magouille et de la débrouillardise. Il a détaché les liens qui le tenaient au passé et à l’avenir. Pour lui seul le présent compte. Ce présent qui tel un ogre les dévore sans scrupule.
Les frères Dardenne aiment faire débuter de nouveaux acteurs, on se souvient d’Emilie Duquesne dans Rosetta, ou Olivier Gourmet dans le fils, Sonia (interprétée par la jeune débutante Déborah François) file le parfait amour avec son compagnon, ils s’aiment, se chamaillent plus qu’ils ne se caressent. Les deux acteurs sont excellents, avec un Jérémie Rénier dans l’urgence et une Déborah François lumineuse. Le personnage qu’elle interprète est aussi immature que celui joué par Jérémie Rénier au début du film jusqu’au moment clé où le film bascule dans le drame. La scène de rupture arrive. C’est l’incompréhension générale, lorsque Bruno décide de vendre leur nouveau né. Il semble agir naturellement sans se rendre compte de ce qu’il fait. Après s’être évanouie à l’annonce de la terrible nouvelle Sonia devient « mère », la maturité et la maternité s’éveillent brutalement en elle. C’est la descente aux enfers pour Bruno qui va tout faire pour récupérer l’enfant. Le chemin vers la rédemption est alors tout tracé. Un chemin semé d’embûche et d’épreuves. Le réseau par lequel il est passé pour la vente de son fils est à ses trousses, le jeune ami avec lequel il est en cavale manque de se noyer, le séjour en prison… D’ailleurs les scènes de poursuites sont vraiment réussies, elles nous rappellent le bon vieux cinéma d’action français des années quatre vingt ! Le mouvement des caméras se fait alors plus fluide. La réalisation est nerveuse, leur palette de réalisateur s’est élargie par rapport à leurs œuvres précédentes. La séquence finale est magnifique et nous fait penser au Pickpocket de Bresson. La rédemption s’est accomplie, les deux amoureux se retrouvent dans les larmes et la passion. En ces temps troubles où notre société malade croît entrevoir une solution à ses malheurs en la personne de Nicolas Sarkozy, ce film quasi documentaire se place aux antipodes du divertissement. C’est sûr ! Il n’est clairement pas là pour nous divertir et nous sortir de cette morosité. Il est là pour nous faire réfléchir, c’est aussi un des intérêts principaux du cinéma. Ce film est une œuvre forte et leur meilleur. Ils embrassent le film documentaire, l’hyper réalisme pour le sens du détail et leur acuité à dépeindre des êtres humains englués dans leur quotidien. Ils dissèquent ce quotidien comme des chirurgiens de la vie. Les personnages résistent au matérialisme sclérosant par des actes spontanés, l’achat d’une veste sur un coup de tête, la virée dans une belle voiture… Ils touchent également au film d’action (la poursuite) et au drame romantique (la belle histoire d’amour). L’émotion, et l’empathie –bien présente- nous tiennent du début à la fin.
En cette période un peu morose ce n’est pas forcément le film à aller voir (allez voir plutôt King Kong ou une comédie !) mais il reste important et nous conforte dans l’idée qu’il y a décidemment des choses à changer dans notre société actuelle. Ce n’est pas le programme de Sarkozy qui nous mettra sur le bon chemin.
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